Petit traité d’écologie sauvage / Alessandro Pignocchi

Dans cette trilogie de bande dessinée (avec La cosmologie du futur et Mythopoïèse), Alessandro Pignocchi nous invite à changer de regard sur notre place dans le monde. Pas en nous faisant réfléchir mais en donnant la parole aux pinsons punks, en mettant Trump, Macron et Merkel autour d’un feu de camp et en postant un anthropologue jivaro au café de Bois-le-Roi…

Le pitch : et si on adoptait la cosmologie jivaro ? 

Et si le monde devenait animiste ? Et si soudain, écraser un hérisson méritait réparation ? Et si on pouvait ressentir le contact de la terre sur le pelage de la belette ? Et si on regardait nos propres rituels occidentaux (mettre un chiffre et une valeur sur tout) avec recul ? Et si les pinsons et les mésanges s’alliaient pour terroriser les puissants et faire tomber les Etats ? Alessandro Pignochi pose des questions profondes sur notre rapport à la “nature” et aux vivants non humains sans jamais verser dans une approche intellectuelle. 

L’auteur : Alessandro Pignocchi 

Il est chercheur en philosophie de l’art et auteur de bandes dessinées à l’aquarelle. Il est très inspiré par le philosophe Philippe Descola qui réfute le concept de nature. Il se revendique anarchiste et a vécu avec les peuples indigènes d’Amérique du Sud et à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. 


Pourquoi c’est Nouveaux récits ?

Imaginer un autre monde et le rendre désirable, c’est le début d’un nouveau récit. Si en plus, ce monde est plus juste, plus durable et plus heureux, alors c’est gagné ! La trilogie d’Alessandro Pignocchi amuse, dérange, mais donne à voir un rapport au monde beaucoup plus enchanté. On y tisse des liens avec les animaux sauvages, on leur parle en prenant des substances psychotropes, on se marie avec des papayes… Les puissants eux-mêmes rêvent de rencontres avec des espèces sauvages ! Dans cette vision animiste, la magie et le temps long sont partout et l’économie nulle part. Voilà qui donne envie et replace notre civilisation occidentale face à ses propres impasses. 

Les concepts-clés : objet vs sujet et deséconomisation

  • Objet vs sujet : Dans un monde animiste où culture et nature ne s’opposent plus, ce que nous considérons habituellement comme des objets (les animaux, les plantes, les montagnes, les rivières) deviennent des sujets. On peut alors entreprendre des conversations et avoir des relations, même s’il s’agit d’imaginer un autre rapport au monde chez le vivant non-humain. 
  • Déséconomisation : Alessandro Pignocchi résume sa révolution cosmologique ainsi. Il reproche à l’Occident de donner une valeur chiffrée à tout et de ne respecter que ce qui se chiffre. En considérant que ce qui nous entoure mérite d’être sujet comme chacun de nous, tout change. 

La citation qu’on aime

Pouic.

“Pourquoi s’arrête-t-on ?

– Nous venons d’écraser un hérisson, monsieur le Premier ministre.

– Merde… Faites demi-tour, il faut le manger pour permettre à son âme wakan de retourner auprès de son esprit protecteur. Oh et puis j’en ai marre de me déplacer en bagnole et en avion… Je vais y aller à vélo au rendez-vous d’Angela… Appelez-la pour le reculer de deux mois.

– Bien monsieur le Premier ministre.”


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