Nouveaux récits, nouveaux imaginaires : quelles différences ?

Récits, mythes, imaginaires, fables, utopies, dystopies… Quand on essaye de penser au monde de demain, on entre dans une valse de mots aux contours parfois flous ! Aujourd’hui, on se penche sur deux concepts-clés : les nouveaux récits et les nouveaux imaginaires. 

Récits, imaginaires…. Quelle définition ?

Avant de les questionner, il est utile de repréciser ce qu’on entend par récit et par imaginaire. Il existe de nombreuses définitions bien sûr, mais voici notre vision. Un imaginaire c’est un univers d’idées. Un univers avec une identité propre : des croyances, des codes, des couleurs, des sons, des odeurs… Un peu comme un paysage dans lequel viendraient s’inscrire des histoires. Et les imaginaires sont partout autour de nous. L’imaginaire de la performance dans le sport. Ou l’imaginaire de la croissance en économie. L’imaginaire de la famille traditionnelle… Et le récit alors ? C’est l’outil qui permet de mettre en mot concrètement cet imaginaire et de le partager. Une publicité est un récit. Un discours politique est un récit. Un cours d’économie est un récit. En gros, l’imaginaire c’est le paysage (pas toujours conscientisé), le récit c’est le scénario (qui s’inscrit toujours dans un paysage).  

Nouveaux imaginaires : penser et repenser le monde

« L’imaginaire est ce monde intérieur invisible qui se déverse dans l’inconscient collectif de nos sociétés pour forger notre devenir commun. Il est ce qui transforme le normal en anormal et l’anormal en normal, ce qui suscite l’adhésion ou provoque la répulsion, ce qui mobilise nos désirs et enrichit nos raisonnements, modèle l’altérité, incarne l’espoir. » Ainsi s’ouvre le numéro de Socialter consacré au réveil des imaginaires. « Nous sommes à l’aube d’une grande résurgence des imaginaires collectifs. « Comment pourrions-nous vivre ? » ne suffit plus : voilà que vient « comment voulons-nous vivre ? ». Cette proposition de définition des imaginaires (il en existe plein d’autres) a le mérite d’aider à comprendre pourquoi on parle de nécessité de « bascule des imaginaires », voire de « bataille des imaginaires ». Avec, si on met nos gros souliers, d’un côté ceux qui s’accrochent aux imaginaires de notre monde actuel (croissance infinie, progrès, patriarcat, technologie, individualisme…) et son lot de dysfonctionnements. Et, de l’autre, ceux qui tentent de rêver quelque chose de différent. D’inventer ce qui pourrait laisser une chance au monde de s’en sortir avec un peu moins de casse (écoféminisme, décroissance, permaculture…).

De l’imaginaire au récit 

Dans sa définition des imaginaires, Socialter décode : les imaginaires se concrétisent à travers des représentations objectives. La puissance de ces représentations objectives ? Elles influencent chacun de nous, en dictant des normes sociales qui pèsent sur nos comportements individuels. On arrive donc ici à la nuance qui nous intéresse : les imaginaires sont des approches du monde, et les récits sont là pour les mettre en mots. Ce que l’on entend par nouveaux récits, c’est donc toutes ces histoires qui prennent place dans des imaginaires en rupture avec ceux de l’époque. Des imaginaires qui proposent des alternatives pour un monde plus joyeux, plus durable, plus solidaire. « Renouer avec le vivant est une forme d’élévation de sapiens. On ne va pas manger de la boue, mais ré-étoffer nos rapports au chevreuil, à la forêt, à la céréale qu’on fait pousser et à la pluie qui la fertilise. On va élever nos savoir-être avec le vivant et nos connaissances de cet univers dont on est un fil sublime, relié au soleil, réunis en faisceau, tramé en tissu. » Alain Damasio, Socialter Réveil des imaginaires

Vers la bascule des imaginaires

Pourquoi est-ce qu’on parle plus de nouveaux récits que de changement des imaginaires ? Parce que la notion d’imaginaire est infinie, pas toujours consciente, puisqu’elle est présente en sous-texte et joue directement sur nos émotions. Elle est donc floue, ce qui rend complexe son traitement de façon rationnelle. La notion de récit a ce mérite de pouvoir être appréhendée plus simplement et plus concrètement. C’est ce que l’on appelle les micro-récits. Comme le dit Jonathan Kozol : « Choisissez des batailles assez importantes pour compter mais assez petites pour gagner. » Une fois que l’on a compris que ces récits collectifs qui nous dominaient façonnaient nos normes sociales, et donc nos comportements, on sait par où commencer pour changer les choses. Car depuis toujours nous sommes une espèce « fabulatrice » (Nancy Huston). Nous racontons des histoires qui nous permettent de vivre ensemble. Ainsi, chacun de nous peut porter des histoires qui parlent de justice sociale, d’épanouissement et de durabilité. En matière d’alimentation, d’éducation, de sport, de mode, de santé : on a le pouvoir de faire de la place à des micro-récits vertueux, capables de nous aider à nous projeter dans un avenir meilleur. Et si notre profession est de raconter des histoires (hello les communicants), alors notre rôle dans la bascule est particulièrement important et nécessaire. 

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Nouveaux récits VS. récits dominants : la bataille des imaginaires a commencé

Choisir entre nouveaux récits et nouveaux imaginaires 

Pour nous, vous l’aurez compris maintenant, nouveaux imaginaires et nouveaux récits sont les deux faces d’une même pièce. Ils contribuent à changer notre culture collective pour aller vers un monde plus juste, plus durable et plus heureux. Ils sont donc « dans le même camp ». Mais dans les faits, les deux notions sont plus spontanément utilisées par différents groupes de personnes. En effet, l’expression « nouveaux imaginaires » est plutôt utilisée par ceux qui travaillent des supports immersifs, comme les artistes, les réalisateurs, les auteurs de fiction… L’expression « nouveaux récits » quant à elle est plutôt utilisée par les documentaristes, les communicants, les journalistes, ceux qui ont un rapport au réel plus immédiat. Une chose est certaine : qu’on parle de l’un ou de l’autre, on a besoin de chacun pour accélérer la bascule des imaginaires, récit après récit, et ainsi créer du désir pour un monde meilleur. « La crise que nous traversons n’est pas celle de l’énergie, mais celle de l’imagination et de l’enthousiasme. » résume Paolo Lugari. 

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