Les vacances (et leurs imaginaires) occupent une place centrale dans nos vies et nos conversations. Pourtant, elles restent un impensé de notre société. C’est une telle institution que “nous interrogeons rarement ses origines, ses paradoxes, ses conséquences”, nous dit le sociologue Jean Viard. Pour questionner les normes sociales des vacances et sonder les raisons pour lesquelles les Français y sont tant attachés, l’Obsoco et Huttopia ont créé L’Observatoire des vacances. Une étude annuelle auprès d’un échantillon de 4 000 Français. En voici les principaux enseignements.
1. Les vacances sont un ingrédient du bonheur : des imaginaires vraiment nouveaux récits !
86 % des Français jugent les vacances importantes dans leur vie. Au point qu’elles ne sont pas une variable d’ajustement, ce sur quoi on rogne quand les temps sont durs. Au contraire, les vacances, on les protège envers et contre tout. Quitte à faire des arbitrages : aller moins au restaurant, faire moins d’activités voire restreindre les dépenses alimentaires.
Pourquoi y tenir autant ? Parce que les vacances contribuent fortement au bonheur : à revenu égal et situation égale, ceux qui investissent dans les vacances sont plus satisfaits de leur vie, plus épanouis, plus optimistes et connectés aux autres.
C’est là qu’est la bonne nouvelle : les vacances ne sont pas une dépense de consommation comme les autres. Ce n’est pas un désir de possession, c’est un désir de déconnexion, de repos, de dépaysement et de partage avec ses proches. Ce n’est donc pas du registre de l’avoir mais de l’être. Oui, les vacances sont par essence des nouveaux récits !
2. Parmi les imaginaires des vacances : la simplicité heureuse
Le voyage repose sur des normes sociales de performance : il faut optimiser chaque journée et vivre un maximum d’expériences, si possible extraordinaires. Et, à son retour, raconter à ses collègues qu’on a “fait” la Thaïlande ou le Canada.
A l’inverse, les vacances puisent dans un imaginaire de simplicité heureuse. Bien sûr, les Français veulent “réussir” leurs vacances et 30 % d’entre eux ressentent même une pression sociale de réussite. Mais pour une grande majorité d’entre eux, le temps des vacances est occupé par des activités simples : se promener, bien manger, aller au marché le matin, prendre des apéros en famille ou entre amis… Bref, prendre le temps !
3. L’imaginaire de reconnexion à la nature pendant les vacances
75 % des Français déclarent un intérêt marqué pour les vacances axées sur la nature. Pourtant, seuls 8 % citent l’impact environnemental comme critère de choix de leur destination. Un paradoxe ? Pas vraiment. L’immersion dans la nature est source d’émotions. La nature donne aux vacanciers exactement ce qu’ils recherchent : le ressourcement, le silence, la déconnexion. Elle fait du bien, tout simplement.
La nature relève d’un imaginaire hédoniste là où l’impact environnemental fait appel à notre sens des responsabilités. A des notions de “bien faire” ou “mal faire”. Or, en vacances, les Français marchent à l’émotion, pas à la rationalité.
4. L’imaginaire de déconnexion numérique pendant les vacances
Les sociologues de l’Observatoire Huttopia considèrent les vacances comme un “laboratoire de notre ambiguïté numérique”. En effet, les Français placent, en tête des critères de vacances idéales, le repos et la déconnexion – avant le dépaysement et le partage avec les proches. Mais, dans le même temps, 51 % jugent importante la connexion numérique sur le lieu de vacances et seuls 13 % parviennent à s’en passer.
On nage donc en plein paradoxe : un idéal de déconnexion d’un côté et, de l’autre, l’incapacité réelle de s’en passer. Il est même probable que moins on arrive à s’en passer, plus on aspire à des vacances déconnectées…
5. Faire vacances autrement, un nouvel imaginaire qui s’installe
Et puis il n’y a ceux qui ne partent pas. Et là, surprise : pour près de la moitié d’entre eux (49 %), c’est un choix ! Pourquoi optent-ils pour des vacances chez eux ? D’abord parce qu’ils déclarent ne pas avoir besoin de partir pour se sentir en vacances. Se dessine là un nouvel imaginaire : un temps libre réinventé mais chez soi…
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